Pourquoi « je m’occupe moi-même de l’administratif » n’est pas toujours gratuit ?
Faire soi-même son administratif ne coûte rien ? Temps, coût d’opportunité, risque d’erreur : le vrai prix de l’administration d’un projet.
4 min de lecture →« On a facturé 12 000 € et le client a payé 12 000 €. On a donc gagné 12 000 €, non ? »
Pas forcément.
Car dans ces 12 000 € se cache peut-être une somme qui ne vous appartient pas vraiment : la TVA.
Elle arrive sur votre compte bancaire, elle y séjourne quelque temps… mais elle a vocation à repartir.
Lorsqu’une structure assujettie à la TVA vend une prestation, elle facture :
un prix HT + de la TVA = un prix TTC.
Prenons volontairement un exemple simple avec un taux de 20 % :
Prix HT : 10 000 €
TVA : 2 000 €
Prix TTC : 12 000 €
Le client verse bien 12 000 € sur le compte bancaire.
Mais la recette économique de l’entreprise est de :
10 000 €.
Les 2 000 € supplémentaires correspondent à de la TVA collectée pour le compte de l’État.
Autrement dit, l’entreprise joue un peu le rôle de caissier.
Absolument.
Et c’est justement là que commence le piège.
Votre relevé bancaire affiche :
+ 12 000 €
Votre cerveau, naturellement enthousiaste, lit :
« Chouette, 12 000 € de recettes ! »
Votre comptable, nettement moins romantique, voit plutôt :
10 000 € de produit + 2 000 € de TVA à reverser.
La trésorerie et le résultat ne racontent pas exactement la même histoire.
L’histoire serait un peu cruelle si elle s’arrêtait là.
Une entreprise assujettie paie également de la TVA sur certains de ses achats.
Imaginons qu’elle ait encaissé :
2 000 € de TVA sur ses ventes
et payé :
700 € de TVA déductible sur ses achats.
Elle ne reversera pas nécessairement 2 000 €.
Le calcul sera, dans ce cas simplifié :
TVA collectée : 2 000 €
– TVA déductible : 700 €
= TVA à reverser : 1 300 €
L’entreprise collecte donc de la TVA sur ses ventes et récupère, lorsqu’elle en a le droit, celle supportée sur ses achats.
Elle reverse la différence.
Même principe, mais avec un petit supplément de charme : il existe plusieurs taux de TVA selon les opérations.
Une cession de spectacle, une recette de billetterie ou certaines autres prestations ne sont pas nécessairement soumises au même taux.
Il faut donc identifier le taux applicable à chaque opération plutôt que de partir du principe que « dans le spectacle, la TVA est toujours de X % ».
Mais quelle que soit la mécanique applicable, le principe reste le même :
la TVA collectée n’est pas une recette de la structure.
Parce qu’un budget doit permettre de comprendre ce que l’activité rapporte réellement.
Imaginons un spectacle vendu :
5 000 € HT + TVA
Pour savoir si cette représentation permet de couvrir :
les salaires, les transports, les hôtels, l’administration et les autres dépenses,
on raisonne généralement à partir des 5 000 € HT, pas du montant TTC encaissé.
Sinon, on compare des choses qui ne sont pas comparables.
Et on risque de découvrir quelques mois plus tard qu’une partie de la confortable trésorerie que l’on croyait disponible était en réalité destinée au Trésor public.
C’est probablement la leçon la plus importante.
Avoir de l’argent sur son compte ne signifie pas que cet argent constitue une recette.
Une structure peut avoir 50 000 € en banque tout en devant :
10 000 € de TVA,
15 000 € de cotisations sociales,
8 000 € à des fournisseurs…
Son solde bancaire est bien de 50 000 €.
Mais elle ne dispose évidemment pas de 50 000 € pour financer de nouveaux projets.
La TVA est l’un des meilleurs exemples de cette différence entre trésorerie disponible en apparence et argent réellement acquis à la structure.
Une entreprise assujettie facture :
HT + TVA = TTC
Le client paie le TTC.
Mais la recette de l’entreprise correspond essentiellement au HT.
La TVA collectée transite par son compte avant d’être prise en compte dans ses obligations fiscales, après déduction éventuelle de la TVA récupérable.
On peut donc retenir une formule toute simple :
La TVA passe chez vous, mais elle n’est pas chez elle.
Et lorsque 12 000 € arrivent sur votre compte pour une facture de 10 000 € HT + 2 000 € de TVA, évitez de fêter immédiatement 12 000 € de chiffre d’affaires.
Votre comptable risquerait de gâcher la soirée.
Ce focus présente des principes généraux à date de rédaction. Chaque situation mérite d’être vérifiée au regard des textes applicables et, si besoin, avec un professionnel.
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