Pourquoi « je m’occupe moi-même de l’administratif » n’est pas toujours gratuit ?
Faire soi-même son administratif ne coûte rien ? Temps, coût d’opportunité, risque d’erreur : le vrai prix de l’administration d’un projet.
4 min de lecture →« Votre spectacle coûte combien ? »
— « Le coût plateau est de 3 500 €. »
Très bien. Mais… ça veut dire quoi, exactement ?
Est-ce le prix de vente du spectacle ? Les salaires ? Le coût total de la représentation ? Ce que la salle devra payer ?
Pas tout à fait.
Le coût plateau est un indicateur très utilisé dans le spectacle vivant. Et une chose est certaine : coût plateau et prix de vente, ce n’est pas la même chose !
Prenons un spectacle avec :
3 artistes ;
1 technicien en tournée.
Imaginons que chaque artiste représente 300 € de coût employeur, soit 900 €, et le technicien 350 €.
Notre coût plateau est donc :
900 € + 350 € = 1 250 €
Avant même d’avoir acheté un billet de train, réservé une chambre ou démarré le camion, mettre l’équipe nécessaire sur le plateau coûte déjà 1 250 €.
Voilà l’idée.
Un artiste vous dit :
« Mon cachet est de 150 € net. »
Parfait. Mais pour le producteur, cet artiste ne coûte pas 150 €.
Entre les deux, il y a quelques invités incontournables : les cotisations sociales.
Il faut donc distinguer :
salaire net → salaire brut → coût employeur.
Pour calculer son coût plateau, le producteur s’intéresse au dernier chiffre : ce que l’emploi de l’artiste ou du technicien coûte réellement à la production.
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
Au sens strict, on peut distinguer le coût plateau des frais générés par la date.
Par exemple :
Coût plateau : 1 250 €
Transport : 400 €
Hébergement : 350 €
Repas : 180 €
Nous obtenons :
Coût direct de la représentation : 2 180 €
Pourquoi les séparer ?
Parce que le coût plateau bouge relativement peu, alors que les frais peuvent faire le grand écart.
Jouer à 30 km de chez soi et jouer à 700 km avec trois chambres d’hôtel, ce n’est évidemment pas la même aventure.
Même logique.
Location d’un véhicule, matériel son ou lumière, fret, backline…
Ces dépenses peuvent être indispensables pour jouer et participent donc au coût direct de la représentation.
Mais elles ne font pas nécessairement partie du coût plateau au sens strict.
D’où une petite précaution lorsque quelqu’un vous annonce un coût plateau :
« Qu’est-ce que tu as mis dedans ? »
Question simple. Souvent très utile.
Ah ! Les voilà.
Parce qu’avant que les artistes arrivent sur scène, quelqu’un a probablement préparé le contrat, organisé les transports, réservé les hôtels, établi les paies, envoyé la fiche technique, répondu aux mails, facturé la date…
Et après le spectacle, quelqu’un vérifiera probablement que la facture est payée.
Tout cela a un coût.
Administration, production, diffusion, comptabilité, assurances, logiciels, communication… Ces dépenses ne figurent généralement pas dans le coût plateau.
Elles existent pourtant bel et bien.
Reprenons notre exemple :
Coût plateau : 1 250 €
Transport + hôtel + repas : 930 €
Nous sommes déjà à :
2 180 € de coût direct.
Ajoutons maintenant 400 € correspondant à la production, l’administration et aux autres coûts nécessaires au fonctionnement du projet.
Notre représentation coûte finalement :
2 580 €.
On est déjà loin des 1 250 € annoncés au départ.
C’est justement là que le coût plateau devient utile.
Si notre représentation coûte réellement 2 580 € et que nous la vendons exactement 2 580 €, nous sommes à l’équilibre… à condition que absolument rien ne dérape.
Un billet de train plus cher, une chambre supplémentaire ou une dépense technique imprévue et notre date passe dans le rouge.
Le producteur pourra donc décider de proposer, par exemple :
3 000 € + frais
ou
3 600 € tout compris.
Le prix de cession se construit à partir des coûts, mais il ne se confond pas avec eux.
Pas si vite !
Ajoutons :
300 € de transport
250 € d’hôtel
150 € de repas
300 € de production et d’administration
Coût réel :
3 000 €.
Prix de vente :
2 500 €.
Résultat :
– 500 €.
La date est donc vendue 500 € au-dessus du coût plateau… tout en perdant 500 €.
Bienvenue dans l’économie du spectacle vivant !
Pour ne plus mélanger les compteurs :
Coût plateau
→ l’équipe artistique et technique mobilisée.
Coût direct de la représentation
→ le plateau + les dépenses directement provoquées par la date.
Coût complet
→ le coût direct + la part des coûts de production et de fonctionnement.
Prix de cession
→ le prix auquel le producteur vend la représentation.
Le coût plateau est donc un excellent point de départ pour comprendre l’économie d’un spectacle.
Mais seulement un point de départ.
Un spectacle vendu plus cher que son coût plateau peut parfaitement perdre de l’argent.
Et c’est probablement la phrase la plus importante à retenir !
Ce focus présente des principes généraux à date de rédaction. Chaque situation mérite d’être vérifiée au regard des textes applicables et, si besoin, avec un professionnel.
Contrats, paie, budget, diffusion, structuration : si ce focus soulève des questions sur votre propre projet, parlez-en à des professionnels.